Histoire de la Transnistrie

La Transnistrie occupe une bande de terre étroite entre le Dniestr et la frontière ukrainienne. Son histoire se distingue de celle de la Bessarabie, située sur l'autre rive, car la rive gauche du fleuve n'a jamais appartenu à la principauté de Moldavie. Cette trajectoire séparée explique en partie la rupture intervenue au début des années 1990.

Peuplement ancien et dominations successives

Des populations thraces, scythes et sarmates ont occupé la région dans l'Antiquité. Les Grecs de Milet fondent la colonie de Tyras à l'embouchure du Dniestr vers le VIe siècle avant notre ère. Au Moyen Age, la rive gauche passe sous le contrôle du grand-duché de Lituanie, puis relève durablement du khanat de Crimée, vassal des Ottomans. La principauté de Moldavie, elle, s'arrête à la rive droite du fleuve.

Rattachement à l'Empire russe

Les guerres russo-turques de la fin du XVIIIe siècle font basculer la région. L'Empire russe obtient le territoire par le traité de Iassy signé en 1792. Le général Souvorov fonde Tiraspol la même année, sur un site fortifié destiné à surveiller la nouvelle frontière. La colonisation attire ensuite des Russes, des Ukrainiens, des Allemands et des Bulgares.

République autonome moldave soviétique

Le pouvoir soviétique crée la République autonome socialiste soviétique moldave le 12 octobre 1924, à l'intérieur de l'Ukraine soviétique. Balta en devient la capitale, avant que Tiraspol ne prenne ce rôle en 1929. Moscou voit dans cette entité un instrument de pression sur la Roumanie, qui administre alors la Bessarabie. Les Moldaves y forment moins d'un tiers des habitants selon le recensement de 1926, et la langue moldave y est écrite en alphabet cyrillique.

Annexion de la Bessarabie et guerre

L'Union soviétique annexe la Bessarabie en juin 1940, après un ultimatum adressé à la Roumanie. La République socialiste soviétique moldave naît le 2 août 1940 de la réunion de la Bessarabie et d'une partie de la république autonome. L'occupation roumaine et allemande interrompt cette construction entre 1941 et 1944, avant le retour de l'administration soviétique.

Industrialisation de la rive gauche

Les décennies suivantes transforment la rive gauche en cœur industriel de la république. La centrale électrique de Dnestrovsk, le combinat sidérurgique de Rîbnita, le complexe textile de Tiraspol et les distilleries emploient une main-d'œuvre venue de toute l'Union. La région concentre une part importante de la production industrielle moldave sur une fraction du territoire.

Rupture avec Chisinau et conflit armé

La loi de 1989 faisant du moldave en alphabet latin la langue d'Etat inquiète les russophones de la rive gauche. Une république distincte est proclamée à Tiraspol le 2 septembre 1990. Les tensions dégénèrent en affrontements armés au printemps 1992, d'abord autour de Dubasari puis à Bendery, où les combats de juin causent le plus grand nombre de victimes. Un accord signé à Moscou le 21 juillet 1992 met fin aux combats et installe une force de maintien de la paix associant Russes, Moldaves et Transnistriens.

Situation depuis le cessez-le-feu

La Transnistrie fonctionne depuis avec ses propres institutions, sa monnaie et son armée, sans reconnaissance d'aucun Etat membre des Nations unies. Un référendum organisé en 2006 approuve l'indépendance puis un rattachement à la Russie, sans effet juridique international. Les négociations dites 5+2, qui réunissent Chisinau, Tiraspol, la Russie, l'Ukraine et l'OSCE, avec l'Union européenne et les Etats-Unis comme observateurs, n'ont pas abouti à un statut définitif.